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10 octobre 2019

À L’ONF, MÉTIERS ET SAVOIR-FAIRE SONT BRISÉS

Forêt privée et publique, gestion commerciale... pour le magazine de la cellule Investigation de Radio France, Benoît Collombat (grand reporter à Radio-France) a enquêté sur les forêts françaises et ceux qui les font vivre. Entretien. (L’émission "secret d’info" sera diffusée le samedi 12 octobre à 13h20 sur France Inter - lien vers la bande-annonce ci-dessous).

Quels sont les éléments saillants de votre enquête sur l’Office national des forêts (ONF) ?

Mon enquête n’est pas uni­quement consacrée à l’ONF. Elle comporte trois volets:le premier sur l’ONF, le deuxième sur la forêt privée, le troisième sur l’utilisation à des fins commerciales de la gestion fores­tière avec le mécénat et un certain « greenwashing>> (ou « écoblanchiment >>).

Quelle est la situation sociale au sein de l’ONF ?

Cela fait quelques années qu’un malaise social très profond affecte l’Office (lire aussi l’« HD » n" 631). C’est d’abord la conséquence des multiples réformes de structure qui ont touché de nombreux autres services publics. Avec toujours cette idée de « faire plus avec moins ». Et donc des réductions d’effectifs, des changements de statut, avec le remplacement de fonctionnaires par des salariés de droit privé. À cela s’ajoutent des difficultés financières accrues du fait de la chute des cours du bois. Pour trouver de l’argent ailleurs que dans la vente du bois, des filiales sont créées, et le résultat, c’est une commercialisation de plus en plus importante du travail.

Comment se manifeste ce malaise que vous évoquez ?

L’aspect le plus dramatique, ce sont bien sûr les suicides. J’y reviens longuement dans l’émission. D’après les syndicats, on dénombrerait une cinquantaine de suicides depuis 2005. Un état de fait longtemps minimisé par les directions successives de l’ONF. Or les professionnels qui ont travaillé sur le sujet, tel Christophe Dejours, soulignent le lien entre les transformations structurelles imposées et les suicides, mais aussi, plus généralement, le mal-être des agents. De plus en plus de fores tiers mettent en avant un « malaise éthique ». Ils souffrent de la commercialisation croissante de leurs tâches, de la dégradation des relations humaines dans leur activité. Les savoir-faire, les métiers sont brisés. À l’origine, le métier de forestier recouvre une large palette de domaines d’action. Outre la vente de bois, ils ont en charge l’entretien des forêts domaniales de l’État, l’accueil du public sur les massifs... Cette diversité est menacée. Récemment , un projet de décret visait à retirer l’obligation d’avis de l’ONF en cas de travaux de dé boisement dans les communes forestières. Les agents ont le sentiment d’être dépossédés de leurs prérogatives et de leur cœur de métier.

Votre émission se penche aussi sur la forêt privée...

La forêt publique, ce n’est que 25 % du territoire. Le reste est aux mains du privé. Les propriétaires sont des banques, des assurances ou des investisseurs institutionnels comme la Caisse des dépôts et consignations. Leur gestion de la forêt est plu tôt industrielle, avec beaucoup de monoculture. Et, du côté des agents de l’ONF, on a l’impression que c’est cette gestion qui donne le « la » et pourrait à terme déteindre sur l’ONF.

ENTRETIEN RÉALISÉ PAR LAURENT ETRE - L’HUMANITE DIMANCHE du 10 au 16 OCTOBRE 2019

Voir en ligne : https://www.franceinter.fr/emission...

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